Le Progrès (Lyon)

Villeurbanne, samedi 23 avril 2011, p. Villeurbanne14

Vie Quotidienne et Loisir

L’artiste Ludovic Bastide est l’invité de l’atelier Deloha

Deloha est un atelier tout à la fois lieu d’expression et d’échanges artistiques.

Animé par Aurélie Noël, intervenante en arts plastiques depuis une dizaine d’années, l’atelier accueille aussi des expositions.

En ce moment, c’est Ludovic Bastide qui accroche ses dessins et découpages aux cimaises de la salle du cours Tolstoï.

Un très beau travail que celui de cet artiste installé dans le Gard. Il nous parle tout à la fois de l’absence, de la disparition ou encore de l’enfermement. Il joue sur les vides et le ton sur ton. Sur la profusion aussi, comme avec cette pièce où des oiseaux découpés dans du papier blanc sont dispersés sur le sol comme des feuilles mortes. Certains dessins, plus traditionnels, dénoncent le sort fait à notre planète. Beaucoup de ses oeuvres s’intéressent au corps humain. Un bel envoi à découvrir jusqu’au 7 mai.

LUDOVIC BASTIDE INSTALLE DES LIMITES

Je copie tout, rien ne vient de moi ». C’est vrai, Ludovic Bastide récupère, décalque des images sur des livres, encyclopédie, sur internet aussi. Il se les approprie en les redessinant. Une transformation comme une digestion puis nous les ressert par le décalage de son filtre artistique.

Avec la série actes de vandalisme anti-poétique, il enlève des silhouettes d’oiseaux par découpe. L’absence de l’image de l’oiseau le rend encore plus présent. Le dessin est le médium qu’il utilise dans quatre-vingt-dix-neuf cerveaux et mains. Deux motifs tracés au stylo et à l’aquarelle comme autant de cartographie. Chacun assorti d’un mot différent : délit, chance, apnée, grégaire, fléchir, réfléchir, zibeline, illusoire. Des mots importants pour leur sens et leur musicalité. Le dessin encore, le portrait d’un homme réalisé à la mine de plomb directement sur le mur. On y voit ce que l’on veut, entre icône et martyr, la figure enveloppe toute l’installation : du tracé au scotch de chantier au sol, inspiré du panoptique de Bentham, philosophe anglais du XVIII siècle, aux trois photographies de la série point de fuites, image d’installation d’un grillage en bord de mer.

Chacune de ses œuvres renvoie à nous-mêmes, à notre société, à nos désirs de liberté. L’artiste est là pour semer la réflexion. On construit des murs pour être libre, c’est fou…

HELENE FABRE

texte paru dans la gazette de Nîmes

exposition « dérisoire » – galerie de la salamandre Nîmes – 2009

LUDOVIC BASTIDE AU-DELÀ DES APPARENCES

Sur le sol de la Chapelle de la salamandre, une figure géométrique invite l’enfant en nous à jouer à la marelle ou à un jeu de l’oie géant. Pourtant, les lignes tracées au scotch de chantier orange reproduisent le plan d’un dispositif de surveillance, un panoptique, du XVIII eme siècle, pour un modèle de prison. Le détenue est visible de n’importe quel endroit de la prison, mais celui-ci par un effet de lumière ne peut voir son surveillant.
Ludovic Bastide est ainsi: double. Sérieux et joueur, travailleur et léger. Et son œuvre s’amuse au double sens et au trompe-l’œil. Non en reproduisant la réalité, mais en croisant les contraires.
Comme cette série intitulée « les jolies mois de mai », images de massacres, de soldats et de victimes, décalquées tant de fois qu’il n’en reste que des lignes à peine lisibles ou des silhouettes semblent se dorer au soleil alors qu’elles agonisent dans un charnier. dans un coin, une date secoue les mémoires: « Arménie – 1895 », « Aznavour pleure » ou <"Johannesburg - 2008". "j'épure l' image jusqu'à créer une distance avec l'horreur. Je rends l'atroce esthétique, comme le font les média en tablant sur une "esthétique de la mort", remarque l'artiste qui se proclame voleur d'images. Car, c'est dans les livres, les encyclopédie, les magazines, internet, qu'il cherche et trouve celles qui le "touchent au ventre, passent par mon cerveau avant d'être rendues pas mes mains". Ainsi, au-delà des apparences, le monde actuel et fou est redonné au travers du prisme du regard de l'artiste, dans un constante dualité: l'enfermement et la liberté. Tout est bon a détourné. Une jaquette de roman sur l'intégrisme, montre un homme les mains derrières le dos. Dessiné en grans à même le mur, il devient une figure écrasante: censeur ou condamné? Trois photographies témoignent d'une expérience faite par l'artiste: 'j'avais installé un grillage sur la plage, à la lisière des vagues. Les nageurs n'osaient plus passer derrière. Mettez un stop dans un désert, les gens s'arrêteront, par conditionnement. On s'enferme tout seul. Pire, le long de la frontière à Gaza, le gouvernement israélien construit des murs, pour une sois-disant liberté. Et voilà que la blague du grillage sur la plage prend une toute autre dimension. "la notion de feu est très présente dans mon travail. J'aime également aiguillonner le visiteur. Mais discrètement" souligne cet ancien étudiant aux Beaux-Arts de Nîmes. "Je lui laisse des indices, dans les titres, mais il est libre de ne pas s'en préoccuper." Et de voir ou non des oiseaux évidés au scalpel dans des ciels "actes de vandalismes anti-poétique" des oiseaux encore plus présents par leur absence. A moins qu'ils ne se soient envolés, en laissant, leur place vide. Enfin, libres! Muriel PLANTIER exposition "dérisoire" - galerie de la salamandre Nîmes - 2009

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