galerie de la Salamandre

Ludovic  Bastide

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Déjà repéré à la Vigie, Ludovic Bastide traite avant tout des rapports entre l’enfermement que l’on impose et la liberté à laquelle on aspire, sans doute aussi de la limite qui les clive. Il recourt à la photographie, en l’occurrence dans la série intitulée « point de fuite » ou il offre des paysages maritimes, des bouts de plages, mais comme interdit par un grillage tendu là, à même la vague qui déferle, on se demande à quelle fin: indiquer une limite à qui, à quoi, et pourquoi? S’approprier le temps d’une capture photographique d’un lieu public à la manière de Ben, signant un paysage vers lequel il tend un tableau? Symboliser l’espace de liberté qui se restreint tous les jours, et dont la mer était depuis toujours le symbole? Un peu de cela sans doute et bien d’autre encore, l’important étant le questionnement suscité. Dans une autre série intitulée « actes de vandalisme », Ludovic Bastide récupère des paysage maritime sur le net mais le découpe en donnant aux parties évidées la forme d’innombrables mouettes qui envahiraient l’espace et feraient des troué dans l’air ou le ciel. Un peu comme si ces oiseaux avaient trouvé le moyen d’échapper à l’enfermement que leur fait subir le photographe et son cadre, et de s’évader vers une autre dimension, comme ce goéland du roman doublé d’ubiquité. Naturellement, si le propos semble polémique et sérienx, il ne manque pas d’humour, mais le rire n’est-elle pas l’arme finale des désespérés?

Même si Ludovic Bastide pratique la sculpture en confectionnant des nasses qu’il accroche entre mur et plafond, ou des structures métalliques évoquant l’espace fermé dont il convient de s’évader ne serait-ce que par l’esprit, se sont des dessins qui complèteront cette exposition: Ludovic Bastide privilégie souvent les figures de l’enfermement (je pense au grillage de cage à poules, mais aussi à des motifs aussi simple que l’oiseau, l’œuf, la feuille) dont il joue de manière un peu métonymique et symbolique.

Un artiste en tout cas impliqué dans son temps et qui, sans se départir des préoccupations plastiques, s’insurge de la raréfaction de notre espace vital.

BTN

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galerie Susini

LA GRANDE ÉVASION

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Ludovic bastide, à rebours des modes qui édictent la ville et l’urbain comme le matériel inconditionnel de l’artiste contemporain, construit une œuvre naturaliste qui se veut pied de nez, rempart ultime contre une certaine forme de barbarie issue de la modernité.

L’artiste mixe sans complexe les techniques artistiques classiques, telles que la gravure sur cuivre, la mine de plomb, le plâtre, le ciment,  avec des média plus actuels comme le dessin mural, l’installation, le son . Les thématiques traditionnelles de la sculpture et du dessin (l’équilibre, le point de fuite, la rupture, la grille, la ligne, le motif, le paysage) sont utilisés pour leur caractère symbolique dans des mises en scènes ou il sert de support à une critique acerbe du monde contemporain. Cette utilisation appropriée de l’héritage classique donne à l’œuvre son assise et permet  à l’artiste de commenter l’actualité politique la plus récente sans tomber dans le spectaculaire et  le convenu. Les œuvres oscillent ainsi entre l’intemporalité de l’archétype et  le fugacité du commentaire.

Naturaliste, Ludovic Bastide l’est parce qu’il semble largement influencé par l’environnement rural, paumé selon ses propres mots dans lequel il vit. A l’instar d’un Jean Giono réifiant la nature méridionale pour la confronter à l’homme, en une métaphore du caractère dual – mi-sauvage, mi-civilisé – de l’humanité. Ludovic semble tirer des paysages arides, de lumière dru et des bourrasques de vent méditerranéen une esthétique de la survie qui fait écho à la situation post moderne de l’homme. Curieusement, celle-ci semble s’y refléter aussi bien que dans un bâtiment du Corbusier. La stérilité des paysage du sud devient alors une parfaite métaphore de l’insensibilité des âmes modernes.

A la galerie Antonin Susini*, au cœur de la petite ville tranquille d’Aix-en-Provence, Ludovic Bastide installe un foyer d’œuvres incandescentes, proposant une vision sur la réalité incendiaire du monde, l’incendie semble la métaphore trop réelle de la planète ou chacun tenterait de fuir dans l’urgence sans plus penser à prendre ses responsabilités.

La photographie d’une clôture fictive au sein d’un paysage sauvage clôt cette démonstration de terre brûlée comme une sentence. Les barrières sont certainement plus psychologique que réelles et chez Ludovic l’enferment n’ est souvent plus un test qu’une réalité. Reste que sur Aix la placide souffle en ce mois de novembre comme un vent de Californie.

texte de Dorothée DUPUIS

– directrice de TRIANGLE FRANCE – Friche Belle de Mai

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galerie Bienvenue à Bord

une œuvre, un artiste, un lieu

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une grande bande de papier enserre le bas de deux pans de mur de la galerie en se terminant sur son enroulement ou pourrait être dessiné le même motif à l’infini: un grillage de clôture – ou mieux, de cage à poule – à échelle 1, troué par endroit, méticuleusement représenté. Ludovic Bastide laisse apparaitre là le même thème que dans ces gravures petits formats: la déchirure.

Le magnifique ordonnancement de cette surface, régulièrement losangée, se démaille, se déchire par endroit, à été accidentée, cassant la géométrie tranquille de ses formes connues, répétées et bien articulées. Le contour irrationnel de ses trous dans le grillage signale la trace d’un passage effectué ou d’une sortie urgente, ou bien d’une fuite salutaire, mais désigne aussi le maillon faible ou une volonté de rompre. La rouille dévastatrice, actrice apparente a effilochée le tissage de fer, la déchirure est là, est arrivée comme arrive un accident. Le trait noir rend habilement, avec un réalisme quasi documentaire les torsions du fil de fer manufacturé ou accidentelles, l’accro dans la maille emprisonnante et les vides laissés par la rupture.Ces plages se remplissent des projections de notre imagination, engagée en cela par la présence proche d’une photographie de ciel ou vole à tire d’aile un oiseau.

La liberté enfin! comme une force s’échappant de l’échancrure d’un grillage, comme un oiseau hors de sa cage ou du filet de l’oiseleur, comme l’idée hors d’un imaginaire bridé.

René Cadou

exposition  » champ de concentration » – galerie Bienvenue à Bord Nîmes –

novembre 2005



 

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